Les Rolling Stones renoncent à une tournée de stades en 2026 : que s’est‑il vraiment passé ?

Keith Richards dit stop : quand la légende choisit la santé plutôt que le mythe

Alors qu’ils semblaient éternels sur scène, les Rolling Stones viennent de franchir un cap symbolique : le groupe a renoncé à un projet de tournée de stades pour 2026. La nouvelle a rapidement fait le tour de la presse spécialisée et généraliste, déclenchant un mélange de surprise, d’inquiétude et de respect pour ces légendes du rock qui commencent, enfin, à lever le pied. Mais que s’est‑il réellement passé ? S’agit‑il d’une vraie annulation de tournée ou plutôt d’un projet abandonné en coulisses ? Et qu’est‑ce que cela signifie pour l’avenir du groupe ?

Premier point important : contrairement à ce que laissent penser certains titres sensationnalistes, la tournée de stades 2026 n’avait jamais été annoncée officiellement au public. L’idée d’une nouvelle série de concerts en stades pour 2026 était bien sur la table, des plans internes étaient discutés, mais rien n’avait encore été dévoilé au grand public ni mis en vente. Parler d’“annulation de tournée” est donc un raccourci médiatique : il s’agit plutôt de plans de tournée abandonnés avant même d’être annoncés. Cela n’empêche pas ce choix d’être lourd de sens, surtout quand on parle du groupe de rock le plus endurant de l’histoire.

La raison principale avancée par plusieurs sources concordantes est simple et humaine : Keith Richards n’a pas souhaité repartir pour une nouvelle tournée de stades. Le guitariste légendaire, aujourd’hui octogénaire, aurait jugé qu’il ne se sentait plus capable d’affronter une tournée de stades complète, avec son rythme infernal de voyages, de balances, de concerts et d’obligations médiatiques. Il aurait donc mis son veto au projet, ce qui a conduit le groupe et l’entourage à ranger l’idée au placard. Mick Jagger, dans des interviews récentes, a évoqué la santé de Keith Richards de manière mesurée, sans entrer dans les détails, mais en laissant entendre qu’il fallait désormais composer avec des limites physiques bien réelles.

Depuis plus de soixante ans, les Rolling Stones passent pour indestructibles, avec des tournées mondiales quasi ininterrompues, des concerts de stades à répétition et une énergie scénique qui ridiculise des groupes avec trente ans de moins. Le fait de renoncer à un projet de tournée de stades est donc un symbole fort. À un certain âge, une tournée de stades n’est plus une simple suite de concerts, c’est une véritable épreuve physique. Même pour des musiciens ultra-expérimentés, la récupération, les déplacements et la pression finissent par peser. En refusant une tournée qu’il ne se sent plus de faire, Keith Richards évite le risque de concerts au rabais, de dates écourtées ou de problèmes de santé en direct. C’est une manière de préserver l’image du groupe : celle de musiciens qui montent sur scène lorsqu’ils peuvent le faire vraiment.

De nombreux observateurs se demandent si les Stones ne vont pas désormais privilégier des événements spéciaux, des résidences dans quelques villes (moins de déplacements, plus de confort) ou des projets studio et documentaires plutôt qu’une tournée XXL. Côté public, la réaction est partagée mais globalement lucide. Pour toute une partie des fans, 2026 aurait pu être la dernière chance de voir les Stones sur scène, ou de les revoir une fois de plus. L’idée qu’une tournée ait été envisagée puis abandonnée laisse forcément un goût amer : on se dit qu’on est passé tout près. Mais de nombreux commentaires sur les réseaux et dans les forums expriment surtout un profond respect pour la décision de Keith Richards : “Mieux vaut qu’il reste en vie et en forme, même sans tournée”, “Ils nous ont déjà tout donné, s’ils ralentissent, c’est mérité”. Dans une époque où certains artistes peinent à annuler des dates malgré des soucis de santé évidents, voir une légende dire “non, je ne peux plus” apparaît presque comme un acte de courage.

La grande question qui se pose désormais : est‑ce la fin des grandes tournées des Rolling Stones ? La décision de ne pas partir en 2026 pourrait marquer la fin des tournées de stades “classiques” telles qu’on les a connues. Les risques, la logistique et les contraintes physiques sont tout simplement devenus trop lourds. On peut imaginer à la place quelques concerts événements dans des villes clé (Londres, New York, Los Angeles, peut‑être Paris), voire une résidence dans une seule salle pendant plusieurs dates, ce qui limite les voyages. Le groupe peut encore sortir des albums, rééditer des disques cultes, ouvrir ses archives (live inédits, sessions rares), participer à des documentaires ou projets spéciaux. Pour beaucoup de fans, la discographie et les images live déjà existantes suffisent à entretenir la flamme.

Paradoxalement, refuser une tournée de stades à plus de 80 ans, c’est peut‑être l’un des gestes les plus rock’n’roll des Stones depuis longtemps. Plutôt que de céder à la pression financière et au mythe du “toujours plus”, Keith Richards et le groupe démontrent qu’ils restent maîtres de leur destin artistique et humain. Le rock a souvent glorifié l’excès et le refus des limites. Aujourd’hui, c’est presque l’inverse qui devient subversif : dire “stop” quand le corps le demande, même au sommet de la légende. La “dernière annulation” des Rolling Stones n’est donc pas une annulation de dates déjà vendues, mais bien l’abandon d’un projet de tournée mondiale 2026, principalement parce que Keith Richards ne se sent plus prêt à affronter un tel marathon. C’est un signal fort : la machine à tournées géantes arrive sans doute en fin de course. Mais cela ne signifie pas pour autant la fin de toute activité du groupe. Entre enregistrements, archives, apparitions ponctuelles et projets spéciaux, les Stones ont encore mille façons d’occuper la scène musicale, même sans arpenter les stades du monde entier.

Fabrice Tomazzy Chandor

Image : Wikimédia