La Basilique Notre-Dame-d’Espérance
Un trésor au cœur de Charleville-Mézières
Fabrice Chandor



Au cœur du quartier historique de Mézières se dresse l’un des monuments les plus remarquables des Ardennes. Avec plus de cinq siècles d’histoire, une architecture gothique spectaculaire et 1 000 m² de vitraux contemporains, la Basilique Notre-Dame-d’Espérance mérite à elle seule une visite à Charleville-Mézières.
Lorsqu’on évoque Charleville-Mézières, la célèbre place Ducale vient souvent immédiatement à l’esprit. Pourtant, quelques kilomètres plus loin, l'ancienne cité de Mézières conserve un autre joyau du patrimoine ardennais : la Basilique Notre-Dame-d’Espérance.
Sa silhouette imposante rappelle immédiatement que Mézières possède une histoire bien antérieure à la réunion des différentes communes qui donnera naissance, en 1966, à Charleville-Mézières.
Ici, les pierres racontent plusieurs siècles d'histoire.
Guerres, sièges, destructions, reconstructions, cérémonies royales et transformations artistiques ont façonné un monument qui demeure aujourd’hui l'un des grands témoins du passé de la ville.
Plus de 500 ans d'histoire
La construction de l'édifice actuel débute en 1499, en réutilisant notamment les fondations et certains éléments d'une église romane plus ancienne.
Le chantier sera considérable : environ 120 années seront nécessaires pour achever l'ensemble.
Le résultat est un édifice d'une remarquable unité architecturale, principalement représentatif du gothique flamboyant tardif.
La basilique possède cinq nefs et présente une particularité architecturale étonnante : l'absence de contreforts extérieurs. À l'intérieur, l'étroitesse de la nef centrale, associée à l'absence de chapiteaux, renforce encore l'impression de verticalité.
Le regard monte naturellement vers les voûtes, situées à environ 18 mètres de hauteur.
On y découvre notamment vingt et une clefs en croisées d'ogive et de grands pendentifs richement travaillés.
Certains éléments témoignent également de l'arrivée de la Renaissance, notamment l'escalier de la tribune et une partie du grand portail occidental.
La flèche et le portail sud néogothique sont, eux, des ajouts du XIXe siècle.
Quand un roi de France se mariait à Mézières
L'histoire de Notre-Dame-d’Espérance dépasse largement celle d'un simple édifice religieux.
Le monument a notamment accueilli un événement royal particulièrement important.
En 1570, le roi de France Charles IX épouse à Mézières Élisabeth d'Autriche, fille de l'empereur Maximilien II.
Pendant quelques jours, la cité ardennaise se retrouve ainsi au centre de la vie politique et diplomatique du royaume.
Cet épisode prestigieux n'est pourtant qu'une page parmi beaucoup d'autres d'une histoire particulièrement mouvementée.
Mézières étant une place stratégique et fortifiée, la ville a été confrontée à de nombreux conflits au cours des siècles.
Une basilique marquée par les guerres
En 1521, Mézières est assiégée par les troupes de Charles Quint.
La ville résiste.
Au fil des siècles suivants, guerres de Religion, Révolution française et conflits militaires vont régulièrement affecter l'édifice.
Les événements de 1815, la guerre de 1870, la Première Guerre mondiale puis la Seconde Guerre mondiale laisseront également leurs traces.
En 1944, l'église est à nouveau touchée par les bombardements.
Son intérieur sera ensuite restauré.
Deux ans après la fin de la guerre, en 1946, l'église reçoit une reconnaissance particulièrement importante : le pape Pie XII l'élève au rang de basilique.
Notre-Dame-d’Espérance entre alors dans une nouvelle période de son histoire.
La Vierge noire, une tradition vieille de plusieurs siècles
L'histoire religieuse de Mézières est également indissociable de la Vierge noire.
La dévotion envers la Vierge noire de Mézières remonterait au Xe siècle.
Pendant des générations, des pèlerins sont venus jusqu'à Mézières pour lui rendre hommage. Le pèlerinage annuel s'est d'ailleurs poursuivi jusqu'en 1962.
La statue originelle a connu une histoire mouvementée. Elle fut notamment brûlée en 1643.
La représentation visible aujourd'hui est une statue en pierre datant du XIXe siècle.
Cette tradition explique en partie le nom de Notre-Dame-d’Espérance donné à l'édifice et rappelle l'importance qu'occupa longtemps Mézières comme lieu de pèlerinage.
1 000 m² de vitraux : le spectacle commence à l'intérieur
Mais ce qui surprend probablement le plus le visiteur lorsqu'il pénètre aujourd'hui dans la basilique, ce sont ses couleurs.
Après la sobriété de la pierre apparaît un immense ensemble de vitraux contemporains.
Ils sont l'œuvre de René Dürrbach, peintre et sculpteur né en 1911 et mort en 1999, qui fut notamment proche et collaborateur de Pablo Picasso.
Les vitraux ont été réalisés entre 1955 et 1979.
L'ensemble représente environ 1 000 m² de verre, répartis sur 68 verrières.
Il constitue un témoignage remarquable de l'art non figuratif de la seconde moitié du XXe siècle.
Ici, pas de grandes scènes religieuses traditionnelles facilement identifiables.
René Dürrbach travaille avec les couleurs, les formes, les nombres et différents symboles fondamentaux : la croix, le cercle, le carré ou encore le cœur.
L'ensemble forme un véritable parcours visuel et spirituel consacré à Marie, à la fois Vierge noire et Vierge d’Espérance.
Selon l'heure de la journée et la lumière extérieure, l'ambiance intérieure se transforme.
Bleus, rouges, jaunes et verts viennent progressivement colorer la pierre.
C'est probablement l'une des expériences les plus étonnantes offertes par le patrimoine de Charleville-Mézières.
Des vitraux réalisés pendant près d'un quart de siècle
La réalisation d'un ensemble aussi important a demandé plusieurs décennies.
Les créations de René Dürrbach ont été montées dans l'atelier du maître verrier André Seurre, à Besançon, avant d'être installées à Mézières par le vitrier Jean Lanfranchi.
De 1955 à 1979, la basilique s'est ainsi progressivement transformée.
Cette rencontre entre une architecture commencée à la fin du XVe siècle et un art résolument contemporain constitue aujourd'hui toute l'originalité du monument.
Plus de quatre siècles séparent les premières pierres de l'édifice de certains de ses vitraux.
Et pourtant, l'ensemble fonctionne.
Un grand orgue entièrement mécanique
La visite réserve encore une autre découverte : le grand orgue.
L'instrument actuel a été construit en 1997 par la manufacture Koenig de Sarre-Union.
Il possède 40 registres et présente la particularité d'être entièrement mécanique.
Sa conception s'inspire de la grande tradition classique des orgues d'Europe du Nord.
L'instrument n'est pas uniquement décoratif. La basilique accueille régulièrement des concerts et des rendez-vous permettant de découvrir toute la puissance acoustique du lieu.
Dans un édifice de cette dimension, l'expérience prend une ampleur particulière.
Le Trésor d'Art Sacré des Ardennes
Depuis 2018, la basilique abrite également un espace patrimonial qui mérite le détour : le Trésor d'Art Sacré des Ardennes.
Une cinquantaine d'œuvres provenant de différentes églises du département y sont présentées.
Certaines étaient auparavant conservées dans des sacristies ou des réserves et restaient donc largement inconnues du grand public.
Statues anciennes, reliquaires, calices travaillés par des orfèvres, chasubles brodées ou encore tableaux permettent de parcourir plusieurs siècles de création religieuse ardennaise.
Les pièces présentées couvrent une période allant du XIIIe au XIXe siècle.
Au-delà de leur dimension religieuse, elles constituent des témoignages du travail des artisans, artistes et orfèvres qui ont œuvré dans les Ardennes au cours des siècles.
Une autre manière de découvrir Charleville-Mézières
Visiter la basilique permet également de découvrir un visage parfois moins connu de Charleville-Mézières.
La ville ne se résume pas à la place Ducale et à Arthur Rimbaud.
Mézières raconte une autre histoire.
Celle d'une cité médiévale puis fortifiée, longtemps située à un emplacement stratégique et régulièrement confrontée aux guerres qui ont traversé l'Europe.
Autour de la basilique, les ruelles, les vestiges des anciennes fortifications et le patrimoine architectural permettent de prolonger naturellement la promenade.
C'est aussi tout l'intérêt de Charleville-Mézières : plusieurs époques et plusieurs identités urbaines se rencontrent sur un même territoire.
Un monument classé depuis plus d'un siècle
La valeur patrimoniale de Notre-Dame-d’Espérance est reconnue depuis longtemps.
L'édifice est classé au titre des Monuments historiques depuis le 18 octobre 1910.
Plus d'un siècle plus tard, sa préservation reste un enjeu majeur.
La Ville a notamment engagé un programme concernant la rénovation du clocher afin de préserver ce monument emblématique de l'ancien Mézières.
Car derrière la beauté du patrimoine se cache une réalité : des bâtiments âgés de plusieurs siècles nécessitent une surveillance et des restaurations régulières pour pouvoir être transmis aux générations futures.
Un incontournable du patrimoine ardennais
Plus de cinq siècles après le début de sa construction, Notre-Dame-d’Espérance continue donc d'écrire son histoire.
Elle a connu des rois, des guerres, des bombardements et d'importantes transformations.
Elle a vu disparaître l'ancien Mézières, puis naître Charleville-Mézières.
Mais elle est toujours là.
Et c'est probablement ce mélange qui rend la visite aussi intéressante.
On entre dans un édifice gothique commencé en 1499 et, quelques instants plus tard, on se retrouve entouré par une œuvre artistique créée au XXe siècle.
Le Moyen Âge finissant, la Renaissance, l'histoire royale, l'art religieux et la création contemporaine se rencontrent dans un même monument.
Pour les Ardennais qui pensent déjà connaître leur ville comme pour les visiteurs de passage, pousser les portes de Notre-Dame-d’Espérance réserve donc quelques surprises.
Car parfois, il n'est pas nécessaire de parcourir des centaines de kilomètres pour découvrir un patrimoine exceptionnel.
Il suffit simplement de regarder ce que les Ardennes ont sous les yeux depuis plus de cinq siècles.
Informations pratiques
La Basilique Notre-Dame-d’Espérance se trouve place de la Basilique à Charleville-Mézières, dans le secteur historique de Mézières.
Elle est ouverte au public toute l'année. Des visites guidées sont également proposées autour de la basilique, de ses vitraux, de son orgue et du patrimoine de l'ancienne cité.
Le Trésor d'Art Sacré des Ardennes est installé directement au sein de la basilique.
Une visite à inscrire parmi les incontournables pour découvrir ou redécouvrir le patrimoine de Charleville-Mézières.
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